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L’ANEF 63 EN PERSONNES | Rencontre avec Lola, Infirmière à l’ANEF 63

Dans la vie, Lola est infirmière au Service Educatif pour Mineurs Non Accompagnés (SEMNA) de l’ANEF 63. Mais pour les jeunes qu’elle accompagne, elle est « Madame la ministre de la santé ».

Infirmière de formation avec une passion pour le travail social, Lola a rejoint l’ANEF 63 il y a plus d’un an, en trouvant « le bon compromis » entre les deux secteurs qui lui plaisent et qui se rejoignent.

C’est à la veille de l’été et sous une chaleur déjà caniculaire que Lola nous a reçu, dans son bureau du SEMNA de Clermont-Ferrand.

 

Peux-tu te présenter et nous raconter ton parcours ?

 

Je m’appelle Lola Couderc, je suis infirmière au Service Educatif pour Mineurs Non Accompagnés (SEMNA) de l’ANEF 63 depuis septembre 2019, et je suis infirmière depuis bientôt 10 ans.

J’ai été formée à l’école d’infirmiers de Clermont-Ferrand. J’ai commencé ma carrière en travaillant au Centre Hospitalier Universitaire puis j’ai travaillé pendant plus de 5 ans en pédopsychiatrie. J’ai ensuite demandé une mutation pour aller au Centre de l’enfance à Chamalières où j’ai passé un an et demi sur les foyers pour adolescents et à la pouponnière. C’est là que j’ai un peu plus découvert la protection de l’enfance, qui m’a beaucoup plu. C’est aussi là que j’ai eu mes premières expériences d’accompagnement santé avec des mineurs non accompagnés.

 

J’ai ensuite fait une pause dans mon activité au Centre de l’enfance, j’en ai donc profité pour voyager, et à mon retour je ne savais pas exactement ce que j’avais envie de faire.

Je me suis souvenue que durant mon expérience, je me disais « Si un jour il y avait une structure qui embauchait une infirmière pour les mineurs non accompagnés, ce serait génial !! Mais ça n’existe pas ». A l’époque, les mineurs non accompagnés (MNA) n’étaient pas prioritaires et il n’y avait pas encore de réelle réflexion autour de l’accompagnement de ces jeunes-là.

En rentrant de voyage, cette opportunité s’est bel et bien présentée, il y avait un poste d’infirmière dans un service pour mineurs non accompagnés. J’ai donc postulé et ai intégré l’équipe. Mon arrivée à l’ANEF 63 était vraiment un choix et une superbe opportunité pour moi.

 

De plus, lorsque j’étais à l’école d’infirmiers, j’étais aussi intéressée par le métier d’éducatrice. Je me suis donc bien débrouillée pour travailler dans le secteur médico-social auprès d’éducateurs spécialisés.

L’un des avantages du métier d’infirmière est de pouvoir exercer dans plein de secteurs différents.

Mon poste à l’ANEF 63 est donc le bon compromis entre mon métier et les envies que j’avais eues avant de m’orienter dessus.

 

 

Comment décrirais-tu ton quotidien à l’ANEF 63 ?

 

Souvent, j’ai une trame pour la journée, mais elle est très rarement respectée.

Ce qui est prévu pour la matinée peut changer assez rapidement et s’il n’y a pas grand-chose de prévu, ça peut très vite changer aussi.

J’accompagne beaucoup les jeunes à des rendez-vous médicaux, cela me permet de passer beaucoup de temps avec eux, ce que j’apprécie vraiment.

Je m’adapte à ce qui se présente au jour le jour, en fonction des besoins des jeunes. Comme tout le monde, ils peuvent tomber malade, se faire mal en jouant au foot, se sentir mal, etc. Ce sont des personnes qui ont un parcours de vie très traumatique alors il y a souvent des grosses problématiques de santé physique et psychique. C’est donc super qu’on soit une équipe pluridisciplinaire (éducateurs, animatrice, psychologues…), car cela permet une prise en charge complémentaire. Là où j’ai des limites, je peux solliciter des collègues.

 

Je fais également des soins, ici au SEMNA, beaucoup de vaccins, et dernièrement beaucoup de tests covid.  Je fais aussi des entretiens avec les jeunes pour faire un point sur leur santé. En effet, il y a beaucoup de jeunes qui ont des traitements alors je prépare tout cela avec eux, j’essaye de faire en sorte qu’ils y adhèrent et qu’ils sachent ensuite gérer. Le but de leur accompagnement est leur autonomie et leur insertion à leur majorité, c’est donc important qu’ils apprennent à faire les choses seuls et qu’ils s’approprient leur soin. Je fais aussi des prises de sang et des missions « d’infirmière normale ».

Je ne suis pas très souvent au bureau car je me déplace dans Clermont, et sur Issoire aussi.

 

J’exerce aussi une petite partie administrative, un peu moins intéressante mais essentielle : faire en sorte qu’ils aient tous des CMU, prendre des rendez-vous médicaux, etc. Cela peut paraitre simple mais en réalité ça prend du temps.

 

Lorsque j’accompagne un jeune à un rendez-vous médical, je m’occupe aussi de tout ce qui en découle : lui expliquer comment aller chercher une ordonnance à la pharmacie, comment prendre les futurs rendez-vous et l’accompagner pour des prises de sang.

 

Les jeunes accueillis au SEMNA vont vers leur majorité et donc vers une sortie du dispositif, alors il est important que je travaille avec les partenaires, donc des médecins qui resteront leurs médecins après la fin de leur suivi ici. On a réussi à mettre en place un réel réseau, notamment avec des médecins généralistes qui sont vraiment impliqués dans l’accompagnement des mineurs non accompagnés et qui ont compris la spécificité de ces jeunes-là. Parfois, même sans moi ils arrivent à gérer leurs suivis, leurs rendez-vous et ont repéré qui étaient leurs médecins traitants.

 

Lorsqu’un jeune arrive au SEMNA, je dois le rencontrer au moins une fois après son admission afin de faire un point sur sa santé, savoir où il en est et s’il a des soins. Souvent, des choses ont été commencées mais sans régularité pendant plusieurs mois. Alors on parle de leurs besoins puis on met en route un suivi.

J’essaie de faire en sorte que tous les jeunes aient un médecin généraliste vers qui se tourner en cas de besoin. Je les accompagne toujours au premier rendez-vous, en les aidant à formuler ce qu’ils veulent dire et la raison pour laquelle ils viennent, puis je les laisse devenir de plus en plus autonomes au fil du temps.

Tout se joue à cette première rencontre après admission et ce premier rendez-vous chez le médecin généraliste. Certains jeunes ont des petites demandes, comme voir un dentiste, ou demandent des informations pour l’obtention de la carte vitale, tandis que d’autres ont des pathologies lourdes ou chroniques qui n’avaient pas été diagnostiquées, par manque de soin. Ils commencent donc à enchaîner les rendez-vous à un rythme régulier, des bilans sang réguliers aussi, des traitements plus ou moins lourds au long court voire à vie.

Il peut s’avérer difficile d’accepter qu’on ait une maladie et un traitement, après avoir passé des années sans le savoir. C’est un gros travail à faire, c’est pour cela que l’équipe pluridisciplinaire est indispensable. Le fait qu’on puisse travailler avec des psychologues permet une réelle complémentarité et un accompagnement global.

Il est important que les jeunes comprennent que la santé n’est pas que physique, que des difficultés pour s’endormir ne se résolvent pas uniquement avec des médicaments, et qu’il est important de continuer un suivi avec les psychologues.

Ce n’est pas le schéma « l’infirmière ne s’occupe que des bobos et le psychologue ne s’occupent que de ceux qui ont des problèmes dans la tête ». On peut aller voir le psychologue même si on se sent bien, la santé c’est quelque chose de global, on ne peut pas être bien dans son corps si on est mal dans sa tête, et vice versa.

 

 

As-tu un souvenir marquant à l’ANEF 63 ?

 

Il y a plein de choses marquantes au SEMNA, mais si je devais choisir un moment particulier, ce serait le confinement de mars 2020, peu après mon arrivée à l’ANEF 63.

Tout d’un coup, notre activité a totalement changé. On est passé d’un service avec beaucoup de visites et de passages au quotidien, à un service vide et des jeunes immobilisés chez eux sans école. J’ai pu continuer à travailler sur le service avec mes horaires habituels et mes collègues ont dû organiser un roulement en présence/ à distance.

Tout cela m’a permis de découvrir un rythme assez différent : je n’avais quasiment plus aucun rendez-vous et beaucoup de suivis ont été annulés.

Comme les jeunes ne pouvaient plus sortir, je me déplaçais vers eux, ce qui m’a permis d’entrer en relation avec eux d’une autre manière. Je me déplaçais à vélo avec ma trousse de soin et me rendais chez chacun d’entre eux.

Il y avait beaucoup de précautions à prendre, je ne m’installais pas chez eux pour prendre un thé ou un café, alors il nous arrivait de discuter par la fenêtre ou que je m’assois dans les escaliers de l’immeuble.

Mes missions étaient diverses, je pouvais aller leur déposer un pilulier ou faire une petite prise de sang. En cette période compliquée, tout était prétexte à ce que j’aille leur rendre visite.

C’était une période spécialement lourde à vivre pour les jeunes, et en tant qu’infirmière je n’aurais jamais imaginé vivre ça un jour.

Afin de garder le lien entre l’équipe et les jeunes accompagnés, les collègues ont créé un groupe WhatsApp avec nos numéros professionnels. Je n’aurais jamais cru avoir un tel lien avec des personnes que j’accompagne, ça aurait été encore plus inimaginable avec des patients de l’hôpital.

C’est d’ailleurs grâce à ce groupe WhatsApp que j’ai appris que les jeunes m’appelaient « Madame la ministre de la santé ».

Je me revois encore au mois de mars 2020, avec mon vélo, circuler dans les rues complètement vides de la ville.

C’était une période difficile pour tout le monde, mais j’étais contente de pouvoir travailler, de les voir, et c’était l’occasion de rencontrer certains jeunes que je ne voyais jamais : ceux qui, en temps normal, étaient à l’école toute la semaine et n’avaient pas forcément de demandes ou de rendez-vous médicaux.

C’était une sacrée organisation, les jeunes ont tous été très courageux et ont bien géré.

 

Propos recueillis en juin 2021. Merci à Lola d’avoir pris le temps de répondre à nos questions !