COMMUNIQUÉ | Colloque national : “Quel travail social voulons-nous?”
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Travailleur social (H/F)
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Retour sur | l’Assemblée Générale d’Orientation du jeudi 20 octobre 2022

Assemblée Générale d'Orientation du jeudi 20 octobre 2022

Le jeudi 20 octobre s'est déroulé notre Assemblée Générale d'Orientation en présence d’une trentaine adhérents, de salariés et de partenaires.

Cette Assemblée annuelle de l'association avait pour but d'appréhender et de débattre des orientations et priorités actuelles des politiques publiques au regard des besoins locaux, entre adhérents et invités.

Pour traiter des politiques sociales aujourd'hui, en particulier dans les secteurs de l'Accueil Hébergement Insertion et de la Protection de l'enfance, dans l'Allier et le Puy-de-Dôme, plusieurs intervenants se sont succédé, avant le jeu des questions/réponses et un débat, très apprécié pour la richesse des réflexions et pour la sincérité des échanges. Parmi les analyses et dans le cœur des débats, nous avons en particulier remarqué :

À propos du panorama de l'évolution des politiques sociales dressé par Brigitte BALDELLI, Maîtresse de conférences, Docteure en sociologie, Co-responsable de formations supérieures à l'Université de Perpignan, qui intervenait en distanciel :

  • La mutation économique et idéologique de notre société a provoqué une individualisation très forte. Aussi, l’Etat-Providence, agissant sur des cibles, s’e
  • st transformé en Etat social d’« activation des individus » : des droits sont ainsi annoncés et théoriquement ouverts à certaines personnes considérées comme responsables, y compris quand elles n’en bénéficient effectivement pas.
  • L’érosion très forte de « l’intérêt général ». En France, l’Etat le définit moins, et l’Europe met en cause le caractère particulier de l’action à but non-lucratif de notre secteur… Le risque, selon la directive Bolkestein de libéralisation des services, consiste en une ouverture de notre secteur à la concurrence. Il est à noter que le secteur social, incluant la branche Vieillesse-Handicap, représente 33% du Produit Intérieur Brut (PIB) français.
  • La « complexité » de notre société émiettée cultive la différenciation. Décrite par Edgar MORIN et accentuée par la numérisation, cette complexité met à l’épreuve la capacité de lier ce qui est disjoint.
  • La généralisation des appels d’offres, des appels à manifestation d’intérêt et des expérimentations qui génère la multiplication des projets, qui disperse les activités et met les acteurs en concurrence. Ces modalités précarisent des stratégies comme Le logement d’abord dont l’impact réel ne peut être apprécié à court terme. Elles déstabilisent les associations et leur pérennité ; elles affaiblissent la coopération et la continuité à long terme.

À propos des priorités de Clermont Auvergne Métropole en matière d’Habitat et de social :

  • La Métropole n’a pas de compétences en matière de social. Mais les élus de la Ville et les instances de la métropole défendent les besoins constatés sur leur territoire et participent aux moyens d’y répondre. En tous cas, les élus revendiquent leur droit de se saisir de problématiques constatées localement pour agir en conséquence, dans le cadre d’expérimentations et d’initiatives locales.
  • Le cadre principal de l’action de Clermont Auvergne Métropole en matière de logement est le Programme local de l’habitat qui sera présenté le 5 décembre en conférence métropolitaine de l’habitat. Il s’agit de dynamiser la politique locale du logement et d’améliorer l’accès au logement pérenne.
  • La Métropole intervient pour des besoins spécifiques, comme ceux des Femmes victimes de violences. Elle le fait aussi pour des expérimentations telles que celle proposée par l’ANEF 63 avec Habitat et Humanisme Auvergne et Les Compagnons Bâtisseurs Auvergne pour la mise en état d’habiter de logements inadaptés.

À propos des priorités du Conseil départemental de l’Allier en matière de protection de l’enfance :

  • La pandémie de Covid a fait suspendre la priorité souhaitée pour les actions de prévention.
  • Des besoins se sont imposés comme ceux des Mineurs non-accompagnés : évaluation de la majorité, accueil, mesures de protection sociale et accompagnement de ces publics spécifiques.
  • L’obligation de formation prolongée pour les 16-18 ans a amené à inventer de nouvelles modalités de travail avec des éducateurs familiaux et des aides familiaux, et aussi à faire appel à des fonds renouvelables du Fonds social européen.
  • Des situations très lourdes dues à des pathologies et des difficultés d’accompagnement social ont amené à mettre en place des commissions « cas complexes ».
  • L’application de la loi Taquet de renforcement de la protection de l’enfance a entrainé des projets, en particulier : sorties sèches de l’Aide Sociale à l’Enfance, l’accueil de fratries, un référentiel qualité, l’accompagnement de jeunes en situations complexes, et un projet interdépartemental pour le suivi social et psychiatrique de cas complexes (Allier et Puy-de-Dôme).

 

À propos des priorités des services de l’Etat en matière d’Accueil-Hébergement-Insertion dans le département de l’Allier :

  • L’Etat est conscient des effets de précarisation liés au recours à des appels d’offres ponctuels et à des expérimentations. Il est encombré par les nombreuses réponses aux appels à manifestation d’intérêt par des proposants qui ne connaissent parfois pas les particularités du territoire. Ainsi, les services de l’Etat dans le département portent un intérêt aux projets portés par des consortiums d’acteurs qui ont une connaissance du territoire, qui innovent et savent notamment apporter des réponses au problème de la mobilité dans le département.
  • On ne sait pas aujourd’hui si les contractualisations entre Etat et Départements seront reconduites pour la protection de l’enfance et la Stratégie de lutte contre la pauvreté dont le Logement d’abord.
  • Pour le secteur de l’hébergement-logement, les questions se posent pour la vacance et l’adaptation des logements ainsi que pour la prévention des expulsions où l’on constate de gros retards.
  • Pour l’hébergement d’urgence, l’Etat a augmenté le nombre de logements. Le Covid a ensuite entrainé des ouvertures exceptionnelles qui créent un effet de perte après la pandémie. Et la réduction des nuitées d’hôtel qui avait été préalablement décidée et qui sera probablement prolongée en 2023 risque de mettre des publics à la rue.

À propos du débat entre participants :

  • Beaucoup s’accordent pour constater un glissement des droits règlementés (comme ceux de l’Aide Sociale) à des droits liés à des engagements, dans des contractualisations et des obligations qui incitent à la méritocratie.
  • Beaucoup s’inquiètent de la perte de cohérence dans les dispositifs et par l’empilement de procédures et d’expérimentations, et aussi de la perte de l’inconditionnalité de l’accompagnement.
  • Plusieurs soulignent la pertinence d’expérimentations en cours et d’innovations dont les associations sont porteuses, ou l’intérêt des réflexions, notamment éthiques, des travailleurs sociaux.
  • Tous affirment la volonté partagée de prendre part à la solidarité. Plusieurs soulignent que les travailleurs sociaux font un travail de conscientisation et gardent des marges de manœuvre, mais font insuffisamment remonter besoins et propositions.

L'ANEF 63 souhaite particulièrement souligner le climat d'écoute et de compréhension mutuelle de cette matinée qui a permis un dialogue franc et sincère, et tient à remercier les intervenantes et intervenants :

  • Brigitte BALDELI, Maîtresse de conférences, Docteure en sociologie, Co-responsable de formations supérieures à l'Université de Perpignan
  • Odile VIGNAL, Vice-Présidente de Clermont Auvergne Métropole en charge de l'Habitat, du Logement, du Renouvellement urbain et de l'Accueil des gens du voyage
  • Sandra JOLY, Cheffe de service Cellule départementale de Recueil des Informations Préoccupantes (CRIP) / Coordination Mineurs Non Accompagnés, Direction Enfance / Famille du Conseil départemental de l’Allier
  • Gilles BAYOL, Responsable du service des Equipements Sociaux et Médico-sociaux, Direction des Territoires et de l'Offre médico-sociale du Conseil départemental de l’Allier
  • Véronique CARRE, Directrice de la Direction Départementale de l’Emploi, du Travail, des Solidarités et de la Protection des Populations (DDETS-PP) de Allier

Un grand merci aux adhérents et salariés de leur mobilisation et participation à ce temps fort de notre vie associative.