L’ANEF 63 EN PERSONNES | Rencontre avec Stève PEYRIN, adhérent
29 avril 2021
Médiateur familial (H/F)
7 mai 2021

L’ANEF 63 adopte une charte pour l’accueil des animaux au sein de ses services !

Cette charte, adoptée par l'ANEF 63 et mise en œuvre depuis le 1er mai 2021, est née de la réflexion partagée de salariés des différents Pôles de l’ANEF 63, occupant diverses fonctions (maîtresse de maison, travailleur social, gestionnaire locatif, direction…) et suite aux interrogations apparues sur les différents services en lien avec la possibilité, ou non, d’accueillir une personne, une famille, avec un animal de compagnie.

L’ensemble des participants a pu relever que le refus d’accueillir l’animal entrainait de facto un refus d’accueil de son propriétaire. Ainsi, des personnes pouvant être orientées sur l’un des services de l’ANEF 63 refusaient ou se voyaient refuser une place du fait de la présence de l’animal.

En pratique, les animaux étaient jusque-là déjà acceptés au sein de plusieurs services de l’ANEF 63, mais aucun règlement n’encadrait réellement cet accueil.

La dimension humaniste et universaliste du projet associatif se trouvait ainsi en contradiction avec la réalité du terrain. Pour autant, accueillir un animal et son humain nécessite quelques préalables et précautions que cette charte, engageant à la fois l’association accueillante et la personne accueillie, s’attache désormais à définir.

 

© Marc Melki, 2020

 
 

La parole est à Justine Préau, gestionnaire locative au Service Educatif pour les Mineurs Non Accompagnés, et Emilie Eyraud, Assistante Sociale au service Hébergement d'Urgence / Logement Temporaire du pôle Allier, toutes deux membres du groupe de travail qui a contribué à la mise en place de la charte.  

 

Pourquoi cette charte ?

Justine : « Notre groupe était initialement créé sur le thème « Habiter autrement ». Puis au fil des discussions, nous nous sommes rendu compte qu’il y avait beaucoup de gens avec des animaux : personnes sans-abri, femmes victimes de violences, etc. C’était compliqué d’envisager un accueil pour eux sans leurs animaux.

Nous avons donc voulu essayer de cadrer les choses, d’apporter des solutions dans les meilleures conditions en envisageant quelque chose de simple et transparent pour cette charte.

 

Comment a-t-elle été construite ?

Nous sommes partis du début, en nous demandant :  « comment accueillir au mieux ? ».

Précisons que cette charte s’applique sur les personnes déjà en possession d’un animal avant d’être accueillies. Cependant, les personnes accompagnées ne peuvent pas en adopter un pendant qu’elles sont hébergées par l’ANEF 63.

Tous les services ne sont pas concernés, par exemple il est peu voire pas probable que des personnes accueillies par le service d’Hébergement d’Urgence pour les Demandeurs d’Asile soient en possession d’animaux. Tandis que les services et dispositifs du pôle Allier rencontrent fréquemment cette problématique d’accueil d’animaux.

Notre principale préoccupation était de ne pas mettre en danger les salariés : le service technique lors de réparations, les travailleurs sociaux lors de rendez-vous…

De plus, lorsque nous pensons aux animaux de compagnie, nous pensons principalement aux chiens et aux chats, mais tout le monde n’a pas la même notion d’animal de compagnie, il peut y avoir d’autres animaux. Nous devons donc prendre en compte toutes les possibilités et adapter notre charte à tout ce que nous pourrions rencontrer.

Florence DENEF, directrice du pôle Allier et celle qui a formé et encadré ce groupe, a fait un travail génial car en seulement 3 séances nous avons bouclé une charte. Notre groupe était hétéroclite et plusieurs métiers totalement différents étaient présents, ce qui nous a permis d’avoir plusieurs points de vue et plusieurs réflexions.

Cette charte est une réelle avancée pour l’ANEF 63. »

 

Pourriez-vous nous en dire plus sur cette charte ?

Emilie : « Auparavant, les animaux étaient totalement interdits au sein des services de l’ANEF 63. Petit à petit ils ont été autorisés mais plusieurs questionnements en sont alors nés : que faire des animaux si leurs maîtres sont absents ou hospitalisés ? Comment faire si des salariés ont une phobie des chiens mais doivent intervenir dans le logement de la personne accompagnée ?

Nous nous sommes également demandé : comment faire avec les animaux méchants ou dangereux ?

Avec notre groupe de travail, nous nous sommes dit qu’il fallait établir un cadre afin de réellement savoir quoi et comment faire.

Nous avons également discuté de la situation de ces animaux : que faire s’ils sont maltraités ? Ont-ils tous les soins qu’il faut ?

De plus, nous nous sommes interrogés sur les femmes victimes de violence. Peuvent-elles venir avec leur animal ? Il est fréquent que ces femmes amènent leur animal avec elles lorsqu’elles s’enfuient de leur conjoint violent, car certaines considèrent leur animal de compagnie comme leur propre enfant.

Nous nous sommes également demandé si les appartements dans lesquels nous hébergeons les personnes seules et les familles sont adaptés aux animaux. Nous sommes encore en pleine réflexion concernant ce questionnement, mais nous songeons à réorganiser l’attribution des logements selon les publics. Par exemple, une personne avec un chien serait plutôt orientée vers un hébergement au rez-de-chaussée.

L’accueil des animaux n’est pas une question que tous les services se posent. En effet, si nous prenons l’exemple du Service Educatif pour les Mineurs Non Accompagnés, il n’est pas directement concerné car rares sont les mineurs accompagnés possédant un chien, surtout que la possession d’animaux de compagnie est une tradition très occidentale et française que d’autres pays n’ont pas forcément, alors leur public principal n’a peu voire pas ce problème. Ces jeunes vivent pour la plupart en colocation alors c’est encore moins récurrent.

Concernant l’importance de la mise en place d’une charte, je me souviens d’une anecdote qui a eu lieu il y a quelques temps. Une femme accompagnée a demandé si elle pouvait amener son chien et son chat dans son logement, nous avons accepté mais elle a finalement amené un chien et trois chats, ce qui n’était pas prévu par le personnel socio-éducatif. La charte permettra de réguler ces accueils et de déclarer le nombre exact d’animaux, ceux qui n’ont pas été mentionnés lors de la signature de la charte ne seront pas acceptés.

De plus, nous nous sommes questionnés sur l’aspect financier. Nous accueillons et accompagnons un public en situation de précarité et certaines personnes mettent les besoins alimentaires de leur animal en priorité sur la leur. Leur budget dédié à l’alimentation est donc grandement diminué à cause de l’achat de croquettes et de nourriture pour chiens ou chats. Un animal a un coût et il faut prendre cela en considération.

Enfin, nous nous sommes rendu compte qu’une personne pourra accéder à un logement pérenne à son nom tout en gardant son animal. Notre objectif n’est donc pas de refuser l’accompagnement d’une personne à cause d’un chien et de la laisser dans sa situation, mais bien de la prendre en charge jusqu’à ce qu’elle retrouve une autonomie.

Nous sommes encore en pleine réflexion mais nous songeons à mettre en place un partenariat avec une ou plusieurs autres structures dans le cas où une personne accompagnée n’est plus en capacité de s’occuper de son animal, afin qu’il ne soit pas abandonné. »

 

Merci à toutes les personnes qui ont contribué à l'élaboration de cette charte pour permettre l’accueil des animaux auprès des personnes accompagnées dans les meilleures conditions et au bénéfice de tous.